Amputé de grand-voiles.
Je suis bien peu de choses face à l'inertie de l'Univers. Le temps qui défile sur toutes les surfaces à plein tubes accentue le vertige. La tête tourbillone mais la chair est lasse.
Ecrire la fait vibrer. Depuis ces années que j' étudie je devrais savoir ce qu'elle cache pourtant. Je connais le contact froid des mains de toubibs sur la peau chaude et rêche des vieilles dames. Je sais ce que signifient les membres glacés des malades autour desquels on s'agite. J'ai vu ce qui survient quand le rose aux joues se dissipe et que le visage s'éteint. Je me demande parfois de quoi sommes nous fait.
Je souffre d'être à la merci des sens, du timbre de voix qui vibre de sa propre mélodie, des yeux qui soudain picotent. Je trouve du réconfort à se dire que rien n'est grave. Un peu trop peut-être. Rien n'est grave puisque tout est grave.

moitié dans leurs godasses et moité à côté

Au recommencement,

Jour de l'an
Je me sens lourd de gens
Peut-on faire plus belle année que celle qui se termine et qui me trouve jeune interne de spécialité, amoureux, la tête pleine de souvenirs de pays d'orient ?
J'ai relu ce matin quelques pages de l'usage du monde que je retranscris ici en guise de souhaits à ceux que j'aime.

A l'est d'Erzurum, la piste est très solitaire. De grandes distances séparent les villages. Pour une raison ou une autre, il peut arriver qu'on arrête la voiture et passe la fin de la nuit dehors. Au chaud dans une grosse veste de feutre, un bonnet de fourrure tiré sur les oreilles, on écoute l'eau bouillir sur le primus à l'abri d'une roue. Adossé contre une colline, on regarde les étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s'en va vers le Caucase, les yeux phosphorescents des renards. Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les perdrix et les cailles s'en mêlent... et on s'empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot bonheur parait bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive.
Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur.

I took a dive in the cold cold night

2 heures d'internet et j'ai la nausée comme après un tour de manège. Une page, une page puis une page. Toute cette masse de connaissance d'amusement, de rires qui dure le temps d'un clic, une page c'est à peine le temps de comprendre que déjà la suivante apparait.
Ce n'est pas du surf, ou de la navigation: j'ai pris un train. Un train d'images et de mots qui ne m'ont laissé qu'une persistance rétinienne floue, de la lumière. Zéro matière. Rien sous les doigts, rien dans le corps, la tête tourbillonante, hypnotisée. Le temps est celui de la rotation des pages. Clic.Clic.Clic.clic.Clic. Plus vite, plus vite.
Perdre ainsi mon temps m'agaçe et je le fais chaque jour. On ne me l'impose pas. Quand il s'agit d'oublier son corps je perds vite la tête. Parfois il se réveille et crie, j'en veux pour preuve ma série d'attaques de paniques il ya quelques années mais sinon il est plutot docile. Il répond à mes ordres sur la piste de danse, diffuse l'alcool dans mon sang à mesure que je le sirote et se gave de plaisir quand je fume une clope en regardant les filles, quand je fume en tirant sur la nuit. Peut-être qu'il aime mes mouvements nocturnes, mes hurlements de rire et mes pas de danses. Il se dérouille. Ma mélancolie saisonnière l'encrasse. Votre corps se souvient de tout disait la pub. Que reste-t-il de mes journées entières à fumer des pétards dans la lumière d'automne, quand j'avais le temps. Que reste-t-il d'autre que la mémoire? où sédimente ce qu'elle ne retient pas? Où sont sauvegardés les battements de mon coeur?

Mes films favoris sortis en 2012

Sans ordre particulier:
Tabou de Miguel Gomes / Oslo 31 aout de J.Trier / Take Shelter de Jeff Nichols / Les adieux à la Reine de B. Jacquot / Laurence Anyways de X. Dolan / The day he Arrives de Hong sang soo / Le Wes Anderson : Moonrise Kingdom /

Colissimo

Tiens
Reprends tes affaires
Tes bas ton pull ta pantoufle de vair
Violence et adultère
Ne comptent pas parmi mes charmes
Plus jamais mes crocs dans ta chair
Ma petite louve
Je ne sais pas ce que tu lui trouves
Mais je sais ce que tu y perds

Bientôt partout

Bisou magique - Bijou pop
Cristaux de Kaléidoscope
Versés dans l'eau de rose
Glisse un doigt dans mes félûres petite chose
Celles qui ne laissent pas filtrer le jour mais la nuit.
La nuit scintillante des métropoles.

une louve

Derrière chaque nuage de brume, dans le bruissement de la forêt, dans les coins sombres de la nuit paupière close, dans les voix perchées des enfants au loin, dans le vent qui les porte, dans les courbes que dessinent les vallons et collines, je rêve une étrange présence, presque une étreinte.

/// MEA CULPA ///

Bienvenue sur mon blog. Si vous n'êtes pas un robot d'indexation Google il serait plus avisé d'interrompre votre lecture.
Le devoilement soudain de la logique d'un problème mathématique est une sensation assez proche de ce que j'ai éprouvé à mettre le doigt sur cette idée : ce blog né en 2005 ressemblait depuis presque deux an à un hommage posthume. Propos rares et distants, nombreuses photos baignées d'une lumière douce, poses excessivement symboliques, sourires béats. J'avais un deuil à faire. Le deuil d'une relation monothéiste bien sûr, d'autres pertes également. (Mon chat surtout)
Ce blog sera désormais la preuve que s'adresser à un robot d'indexation pourrait être aussi efficace que de vider son sac moyennant finances dans l'ambiance rassurante d'un cabinet de psychanalyse. Les premières phrases préenregistrées d'un Google Psychanalytics, ou d'un nouveau Siri (l'IA à reconnaissance vocale d'Apple) pourraient être : "Right there you've just said it." "Could you elaborate?" "That's it for today it's been 30 minutes already" "You should come more often these days, i feel you have an awful lot on your mind"
Un doute persiste pourtant et je pourrais l'exprimer à la manière de Woody Allen, avec qui je partage un fort degré de névrose et un faciès jovial mais difficile caché derrière des lunettes rondes: "Voir un psychanalyste m'a fait beaucoup de bien. J'ai enfin réussi à vivre avec mon enfance difficile, mon conflit avec mes parents, mon insatisfaction chronique. Il suffisait de les remplacer par un problème financier." ///

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Cher 20 Minutes,

je profitais l'autre jour d'un long moment assis sur les toilettes pour réfléchir: à qui donnerais-je mon vote? Qui mérite mon geste citoyen? Moi qui suis curieux par nature je fuyais pourtant depuis Noël toute émission qui invitait un candidat, (ils m'agacent tous, je me contente de matière procéssée par les journalistes de métier.) alors pour éclairer ma décision, j'ai disposé les programmes reçus par la poste au pied de mon trône. Je mets ainsi ce temps à profit au lieu de compter les carreaux fissurés de la salle de bain de mon studio. C'est une lecture divertissante. Le programme de Jean-Luc est grossier, caricatural et aussi jubilatoire qu'un bon numéro du Canard enchainé. Je leur accorde tout deux le même crédit républicain.
Les programmes de Francois H. et Nicolas sont une succession de slogans marketing qui m'évoquent l'ennui et l'agacement provoqué par le train de pub de TF1 entre 20h30 et 20h45. S'insinuer jusque dans ma salle de bain pour profiter de mon temps de cerveau disponible je trouve ça dégueulasse.
Le programme de l'autre Francois m'a paru plus raisonnable, surtout en matière de santé. Je me suis renseigné ensuite et ce qui a achevé de me convaincre sont les échos de ses meetings qui ne ressemblent en rien à ceux de ses conccurents, dont les mascarades me rappellent les images documentaires sur le IIIe Reich (pardon pour le point Godwin). Je lisais ensuite le Programme de Marine lorsque j'ai tendu la main à l'aveugle vers le rouleau de PQ pour le découvrir nu. Vous vous dites "il va se torcher avec le programme de Marine, comme c'est antidémocratique, etc..." Eh non. Malgré la la jouissance symbolique certaine d'un tel geste, le papier glacé A4 se prette mal à ce genre de manoeuvres. Je t'ai préféré cher Journal, cher 20 minutes. D'ordinaire je ne te lis pas. Tu est gratuit et je trouve ça louche et puis tes critiques cinémas sont de mauvais gout. Les amphithéatres de Médecine (amphithéâtres qui au passage valent bien ceux de la Sorbonne en matière de jolies filles et d'ennui) sont pleins de 20 minutes sans propriétaires à la sortie des cours, et ce jour là je te ramenai chez moi pour lire le tableau récapitulatif des programmes mais tu oubliais la santé. J'ai commencé par souiller la Une et ensuite les pages nationales et internationales. Les mots croisés ont été épargnés: je les remplis souvent avec mes voisin(e)s lorsque les cours à la Fac sont ennuyeux.
Ainsi un jour tu m'as été utile cher journal, alors que j'étais en mauvaise posture.
Voici ce que j'avais à dire en guise de légende sous la photo de moi aux urnes que tu publies ce jour. Et ne sois pas vache cher journal, les blagues potaches que je recois par SMS depuis ce matin valent bien un encart.
Bisous

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Escapade:

n.f Action de se soustraire momentanément à des obligations, à la routine. Y échapper.

***

Dans le bus qui roule en direction de l'aéroport ma tête repose contre la fenêtre. Les chansons d'Alex Turner me bercent, j'aime leur ton douceâtre. Un mal de crâne tenace m'assaille depuis ce matin, apparu alors que je bouclais en une matinée mes rares obligations de travail de la fin de semaine. Je ne percois de la route que les vibrations transmise à travers la vitre et les klaxons généreux du chauffeur.
Passé lanxiété des préparatifs, l'ambiance est celle des départs en vacances qui promettent d'heureux moments. Je pense souvent à ce souvenir de mon enfance: Extérieur jour, thaïlande. Ma famille et moi sommes embarqués sur un rafiot ainsi que d'autres touristes mêlées aux autochtones. Je fais la tête comme souvent à l'époque (comme font souvent les enfants). Mon siège est en dessous du niveau de l'eau et par delà la courte balustrade mon regard affleure une eau boueuse, épaisse et pleine de remous. Au loin déroulent des forêts, les rives d'un fleuve, Bangkok peut être. Je ne sais plus, le champ n'est pas assez large. Est-ce bien réel? Parmi la dizaine de friandises posées sur une table à l'arrière du bateau, je fais mon choix puis tend quelque pièces à la vendeuse attendrie. Ou bien est-ce ses yeux plissés? Je grignote en regardant le paysage.
Au moment où je le vis tout ceci est très naturel. Je ne sais pas alors ce que sont les responsabilités, l'organisation, l'avenir, ce qui occupe tant les adultes. Je suis seulement au présent. Ignorant, j'accède au monde de la façon la plus primaire qui soit, entièrement spontanée. C'est la grâce par instant retrouvée d'un tel regard qui m'attire dans les voyages.

***

"Ce que nous ne portons pas en nous ne peut nous toucher." dit le personnage de Pistorius dans DEMIAN de Hermann Hesse. "Il est rassurant de savoir que quelque chose en nous sait tout"
Je lève les yeux de mon livre, songeur, les yeux perdus sur le tarmac à observer les avions décoller et le ballet des lumières. Je me demande de quoi seront fait ces quelques jours?

***

Nous y sommes. Je vous passe les longues minutes d'attente égrénées lorsque même lire est devenu agaçant. Je vous dis juste un mot sur le vol qui s'est déroulé à merveille, plus sommeil, deux plateaux repas engloutis la musique à plein tubes sur les oreilles pendant que ma charmante voisine dormait. Enfin l'atterissage, les couloirs blancs, le piétinement aux postes de douanes. Tunis est derrière les portes du Bagage Claim. Je cherche mehdi du regard dans le hall. Pas encore là. Taxi? Non merci. Taxi? Non merci. Taxi? Non. On se retrouve, fait les présentations, monte dans une vieille Golf et cinq minutes plus tard nous sommes sur l'autoroute dépeuplée et baignée d'une lumière orangée qui se réfléchit sur les murs blancs des immeubles qui la borde. Une cannette de bière à la main nous partageons des éclats de rire. J'apprends mes premiers mots d'arabe, des jurons qui les rendent hilares. La route est large, la ville est plate et le ciel apparait d'autant plus vaste. Le vent s'engouffre par les vitres ouvertes. J'ai l'impression que nous roulons vite et j'aime ça. Nous allons boire un verre.

Au petit matin mon hôte Tarek vide le frigo sur la table de la cuisine et m'encourage à me servir, me propose encore d'autres choses. C'est presque son honneur qui est en jeu. Son père se prépare sans bruit pour aller prier et nous salue au passage. Lui aussi m'encourage à me servir. Nous nous rappellons quelque moments de la soirée en étouffant nos rires pour ne réveiller personne. Une fois le ventre plein la fatigue m'embrasse enfin et je vais me coucher.
A mon réveil le soleil inonde la pièce par la fenêtre ouverte. Je passe ma tête par la fenêtre et la clarté m'éblouit. Elle se réverbere sur les facades des immeubles, sur les vitres, sur la carosserie des voitures, éclabousse toute les surfarces. Je savoure les yeux fermés la douce sensation d'un vent tiède qui glisse sur ma peau. Nous prévoyons de rentrer ce soir par le dernier train en direction de Sousse.
Le reste de la journée s'écoule doucement à la terrasse de cafés ou dans la cuisine pleine de lumière et de sourires.
La grand-mère est assise au coin de la table. J'observe ses gestes alors qu'elle débite des carottes en batonnets de ses mains usées, ralenties par la répétition quotidienne des mêmes mouvements. Son regard ne quitte que rarement la lame émoussée du couteau. Elle reste muette tandis que M. échange des mots d'arabes avec sa famille.
Sous mon regard d'étranger, ivre d'une hospitalité que la vieille europe a depuis longtemps oublié, la mémé m'apparait comme une belle métaphore de l'histoire de cette famille. Elle adoube les nouveaux venus d'une phrase sèche, guide les conversations d'un regard, métabolise en silence leur histoire. La grâce silencieuse de la Mémé et sa mine ridée comme une pomme blette m'évoquent la sagesse qu l'on prête aux figures mystiques. Le respect qu'elle en tire est un ciment familial.
Au moment de partir, elle a offert une émouvante étreinte à son petit-fils. Cet instant s'est figé en moi et je me suis rappellé ainsi quelques heures plus tard combien les grands-mères sont des êtres tendres et généreux et combien la douceur de leurs intentions et de leurs caresses s'accordent à merveille avec la candeur des enfants.

***

Aujourd'hui La petite ville d'El Jem a rapidement fini de nous offrir ses charmes et nous avons observé longuement l'effervescence de la rue principale en buvant du thé à la menthe. Puis nous nous sommes échangé son téléphone pour faire une partie de Scrabble.
Alors que le Soleil glissait vers l'horizon et dessinait aux nuages des franges d'or nous étions bouffis d'ennui. Ils nous a suffi de lever le bras pour attraper un de ces vans appellés louages qui font office de taxi collectif. Si votre destination est sur notre chemin, montez.
Une fois sortis de la ville la terre est plantée d'oliviers à perte de vue. Des moutons faméliques cherchent quelque herbes ou buissons à brouter. Parfois au milieu de cette mer vert olive se dresse un amandier fleuri de pétale d'un blanc pur qui contraste avec les teintes poussiéreuses. Lorsque les murs blancs disparaissent on s'apercoit que la poussière recouvre tout.
La route est droite et croise de nombreux hameaux. Des enfants jouent au bord de la route, insouciant. Par dessus l'épaule du conducteur j'apercois le compteur qui affiche 110. Rien ne se hausse bien haut dans ces villages ou l'on trouve toujours des maisons inachevées. Des pylones éléctriques traversent le paysage. Ma voisine porte une veste en cuir trop longue et un voile épais (les nuits sont fraiches ici) et joue à Tetris sur son téléphone. Je ne croiserais pas son regard.
Le temps s'étire. Je baille. Les nuages au bord du ciel s'aggrègent en nappes et se déchirent dans la lumière rose du couchant. Je pense aux femmes, elles me manquent. J'aime les serrer dans mes bras, les voir descendre de vélo avec élégance, le regard tiré vers moi. J'aime la façon dont certaines découvrent leur dents d'un sourire qui les illumine. J'aime que leur sérieux se dissipe dans l'intimité, qu'elles se défassent de leur prestance au contact de mes mains d'homme. Le ciel s'assombrit.

***

Nous avons fêté mon dernier soir dans une grande taverne, dont le décor était d'autant plus artificiel qu'il était vide. Les jeunes filles prudes qui nous ont invitée et conduit ici boivent du Tonic et s'étonnent de notre ivresse avec un regard torve à mesure que nous nous enfilons des verres de bière et d'alcool de datte en hurlant de rire. Peut être encore plus pour moi, tout le monde ici semble me trouver tellement maigre.

J'écoute Electrelane en regardant la pluie laver le Tarmac de l'aéroport Tunis-Carthage. Leur musique me fascine par sa dimension féminine (et par là j'entends sa part insondable). Lorsque nous étions jeunes étudiants j'assistais sans le savoir à un de leur dernier concert. Nous cherchions qui de la guitariste ou de la chanteuse était la plus mignonne.
"In Berlin" est une superbe chanson d'amour.

Pour être à l'heure à la gare ce matin je me suis levé dans la nuit. Les rues sans lumières autres que celles des phares ont virée au bleu nuit puis au gris plomb à mesure que le taxi s'enfoncait dans la circulation. L'odeur de la cigarette du chauffeur m'a donnée la nausée. Il ne cessait de hocher la tête en fumant, par petite bouffées, aller-retours d'une main, l'autre sur le volant. Je me demandais si c'était un tic ou bien s'il parlait tout seul. Peut-être qu'il priait.
Sur le quai de gare j'attends. Un froid humide s'insinue sous ma peau, dans les fissures de mes os. Je n'ai encore rien écrit du repas chez Majed et sa famille, de tout ce que j'ai appris sur l'histoire de la tunisie, son drapeau, ses bouleversements récents, ni du charme des tunisiennes, ni de leur hospitalité.
Courts voyages, longues journées, plaisirs nombreux, sentiments familiers, tout orienté dans la même direction: ou vais-je? Qui suis-je?

***

Dans le bus au retour, translations symétriques, je suis étourdi par les aéroports, l'attente, les longs couloir, le regard à l'affut. Je repose mes yeux dans les champs en bordure d'autoroute. Au loin une rangée de peupliers dont les branches nues se découpe sur l'horizon crépusculaire. Je ne sais si c'est l'émotion de cette belle lumière propagée dans l'air glacé mais je me sens apaisé, ouvert: quelques gouttes de mélancolie dissoutes dans l'eau de mon corps.
Je reconnais ce sentiment. Il me fait vibrer à basse fréquence comme le son d'une corde. Pourtant je me sens moins aiguisé qu'à l'adolescence, quand mes cheveux étaient gras et que j'étais bassiste. Peut être que c'est ça grandir, s'émousser. On dit de moi que je suis spontané. On dit que j'ai l'esprit vif mais je peine à m'émouvoir.

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2011

Que reste-t-il de cette année? De la poussière sur tout les objets que lucile et moi avons partagé pendant sept années. Ecrire ces mots me serre le coeur. Chaque fois qu'un souvenir heureux traverse mon esprit comme une biche effrayée, je souris. Pas de méprise, le temps sans paroles que je passe à tourner à vide sans pouvoir aggriper les rails du réel m'amènent toujours à la même conclusion. La vie continue. Je m'amuse de la façon dont un évènement majeur s'intègre dans la continuité du réel, pris dans la masse des habitudes, des paroles banales et des obligations sociales.
Je sais que je me souviendrais longtemps de la nuit passée à bord du train de nuit Strasbourg-Montpellier. Une silhouette traverse le wagon tenant un café à la main. Les lumières constellent les plaines de part et d'autres du wagon. Nous filons tout droit. Un jeune couple s'enlace. Ils cherchent le sommeil. Des caresses et des baisers adoucissent les réveils incessants. Au centre du tableau un jeune homme lit 1984 et s'interrompt pour réfléchir longuement. Il frotte ses yeux, reprend le livre qu'il avait coincé entre ses cuisses, s'interrompt à nouveau, soupire, reprend.
A travers les heures suspendues au milieu de la nuit je comprend que je vais devoir recommencer.

L'année 2011, mon Année 2011, tu es bien pauvre en expériences. Aucun voyage, peu de projets. Attente, ivresse, et désespoir.
Bon point: ma vocation médicale s'est précisée. le plaisir que j'ai à aborder le monde médical par la base semble inaltérable. Les joies quotidiennes partagées avec patients et camarades sont nombreuses.
La graine germe.

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Mamie

Une brume matinale flotte au dessus des champs derrière chez ma grand-mère. La terre est gelée. A l'horizon, les couleurs d'automnes des arbres bordant le canal se marient à merveille avec l'étendue verdâtre qui m'en sépare. De la buée se forme aux coins de la fenêtre à travers laquelle mon regard se perd. Le bruit que fait mémé en allumant la cuisinière à gaz me surprend. Woof. D'ordinaire ma grand-mère n'est pas de ces vieilles personnes qui se lèvent aux aurores. Elle dit qu'elle n'a rien à faire si tôt et que les émissions à la télé sont plus intéréssantes le soir. Elle prend son temps pour lire le journal, repasse ou fait mijoter un plat après le déjeuner qu'elle prend souvent seule à la cuisine puis passe la soirée et s'enfonce dans la nuit assise dans son fauteil, devant le poste. Elle boit volontiers une tisane allongée d'eau-de-vie. Les talk-shows et les débats lui donne l'occasion de pester. Elle me raconte ça le lendemain, ou lorsqu'elle est encore debout en dépit de l'heure tardive.
Je ne m'étonne plus de la surprendre éveillée à des heures pareilles. Elle me dit qu'elle est tombée sur une émission intéressante et qu'elle n'a pas vu l'heure mais je crois qu'elle m'attend. Je crois qu'elle m'a toujours attendu.

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Nulle prophétie

Un freluquet basané répond à des questions dans l'arrière-cour d'un journal parisien. A la question "Pourquoi acteur?" Tahar Rahim (un prophète) réponds: L'ennui, la prétention et la passion.

Madagascar

Les portes de l'armoire sont ouvertes. Droit comme un croquemort, les bras legèrement écartés, je m'observe dans le miroir. La tenue ne me plait pas. Je range la veste d'été, et décroche de son cintre un lourd trench en laine noire. Un rapide coup d'oeil dans le miroir suffit à me convaincre. Glissant les mains dans les poches je sens sous la pulpe de mes doigts la texture d'un vieux mouchoir sec et fripé, puis tatônnant à coté celle d'un billet de banque. Je déballe le tout sur la table, ravi de la perspective d'une bière entre amis que ma découverte laisse entrevoir. Entouré par le mouchoir un troisième élement a passé l'été dans mes poches. C'est un ticket de théâtre. Je lis ce qui est écrit dessus et je retrouve instantanément la sensation du jour où j'ai fourré ce ticket dans ma poche. C'était un dimanche lumineux au printemps dernier. Elle prenait le train vers midi, puis l'avion pour Madagascar. Nous avions tout les deux peur. Un long voyage, auprès d'un peuple pauvre et sans autre ressources que leur hospitalité, seule. J'aimerais vous raconter ce dernier petit-déjeuner, la dernière soirée que nous avons partagée mais je l'ai oubliée. Il ne me semble pas avoir vécu de tels moment. Je me souviens à midi du quai de gare ensoleillé exposé au vent frais, les vitres paysages tappisées d'une épaisse couche de poussière brune à travers lesquelles je reconnaissais sa façon de marcher, le dos courbé par un volumineux sac de randonnée. Nous nous souriions tout les deux, sans oser pleurer, sans savoir quoi faire de ce moment précieux. Tristesse effleurée. Lorsque le train s'éloignait j'étais presque surpris de la simplicité apparente de nos adieux. J'ai le sentiment aujourd'hui de n'avoir rien compris à ces moments, de n'avoir rien partagé de mes tristesses, pertes et solitudes.
A quoi sert l'amour sinon? On peut bien partager ses joies avec le cafetier.

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birdie

Elle m'appelait "Birdie". J'avais les cheveux sales, une chemise froissée, un short en velours qui tombait en franges sur mes genoux osseux.

Tunnels

Les "tour diaries" m'ont toujours fasciné. Les images prises à l'avant du bus d'où on voit défiler sur une pellicule blafarde la ville. Tokyo grouillante sous la pluie . Les plaines d'Arizona. Les néons clignotants de Los angeles.
Celui de Phoenix répond aux codes du genre: découpage par chansons, montage fluide, lumière sombre des salles de concerts, rues, villes, autoroutes. Vers le milieu du documentaire, l'un des types de Phoenix explique ceci:
"Les morceaux de ce genre entre nous on les appelle des tunnels parce que c'est exactement ça que ça évoque. Une voiture qui file dans la nuit, les néons d'un tunnel qui se reflètent sur le pare-brise. Il y a un tunnel en particulier qui va de Versailles à Paris, qui est magnifique, qui dure euh j'sais pas trentesecondes. Et à chaque fois c'est euh on revient du studio, la nuit. Pour moi cet album c'est ça on revient du studio la nuit, c'est le tunnel de Saint-Cloud."

Phoenix - Love like a sunset

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L'automne, les Vosges.

Brunch, un dimanche dans les Vosges

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Little kids are like insane people: the draw with markers on their faces, scream in public places and fucking hate vegetables.

Lorsqu'on me demande mon age j'ai un temps d'hésitation: 24? 23? J'ai 23 ans aujourd'hui. Les vibrations de mon téléphone transmise à travers l'armature de ma table de nuit m'ont réveillé. Il est 10h00 tout rond, dix heures du matin. La place est calme sous les fenêtres de mon petit appartement. Les citadins profitent de leur jour de courses, les touristes sont encore éparses sur la place Kléber. Aucun ne pense à la fin de cette journée, ils ont des dizaines de choses de prévues avant la nuit et le cadran des heures à venir est déformé par les projections de chacun. Le tic-tac immuable, noyé par le bruit de la ville s'insinuera au fil des heures dans tout les esprits. Plus tard le Soleil couchant et la fatigue rattraperont les plus affranchis.
C'est ainsi que la journée finira pour moi aussi: je traverserais les rues pavées de Strasbourg au coeur de la nuit. Mes pensées seront brouillées par l'alcool et malgré cela j'éprouverais une certaine lassitude urbaine à croiser tant de gens qui ignorent tout du destin de celui qui vient de les frôler.

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And she said don't be stupid cause you're looking great

Je sors de garde, enfin presque. J'ai prévu de décoller de l'apart bientôt mais j'avais envide d'écrire avant de fermer le verrou. Je ne m'habitue pas vraiment à la gestion d'un logement en solo. Une tour de Babel s'erige dans l'évier, des moutons ferment la marche quand je traverse les pièces de ce grand appartement. J'essaie de fuir mais je suis bien aussi dans mon canapé, abruti par la télé ou le dernier The pains of being pure at heart. Le soleil timide chauffait ma peau à travers les vitres du bow window et j'ai eu envie de faire un tour à vélo. J'en ai profité pour aller chez Nespresso : magasin vide un samedi à 14h, 5 vendeuses, 6 comptoirs, un service faussement dévoué par une quinqua qui devait manquer d'expérience ou de clients. Pour un peu j'entendais la voix énergique du manager derièrre son dos. " Ensuite tu contourne le comptoir tu lui remets le sac de capsules à hauteur de main, tu sors un smile et un Bon weekend de ta voix la plus charmante. ok? vas-y show me.
T'as été parfaite"
Elle ne valait pas grand chose à coté de la Milf d'hier soir. Gosse de 7 ans avec une Pouteau-colles, pas franchement palpitant. Je n'en avais certe jamais vu mais les photos font l'affaire et si j'ai insisté pour assister à la douloureuse réduction à chaud ce n'est pas pour entendre brailler le mioche dans les aigus mais bien pour admirer le sourire réconfortant de la maman, parfaite dans son rôle de la maman à la fois fière de son fils et lucide. Ses fesses s'appuyaient sur la tranche de bureau et elle regardait son fils. Elle portait un jeans sombre coupé serré et un polo bleu marine Abercrombie and Fitch. Son visage était doré de tâches de rousseur et d'un léger bronzage de début de printemps, les dents qu'elle montrait à chaque sourire à son fils étaient parfaitement alignées et légèrement jaunies par le temps et les cafés. Son regard était clair, baigné d'instinct maternel. C'était ce qu'elle avait de plus beau ce regard sur et affectueux et ses yeux bleus gris. Le regard d'une mère. Elle était belle. Je me réjouis du jour où je regarderais lucile par dessus la table du petit déjeuner dans un moment de lucidité trop rares au rythme de la vie moderne. Son regard léger du matin porté sur moi, les cheveux grisonnants, les rides au coin des yeux et des lèvres à force de sourires et le doux teint de peau des femmes de 40 ans.

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It's Toasted

J'ai arrêté de cloper il y a trois semaines. C'est arrivé comme une envie de pisser. J'en avais marre d'enchainer un clope après l'autre en soirée parce que je m'ennuyais. Je crachais chaque matin mes glaviots dans le lavabo et je cajolais ma mauvaise conscience en buvant des pintes en terrasses: "on partage une pinte entre amis je peux fumer c'est cool". C'est une bonne chose et j'en parle volontiers et avec des mots qui sont ceux de la victoire. Nico m'a dit un jour qu'on commençait à fumer pour soigner son allure. A l'époque, je fumais les fins de clope des vrais fumeurs dans la cour du lycée. Je les trouvais ringards ces ados qui profitaient de la moindre pause pour aller s'en griller une. Je me rappelle arriver en retard au lycée. Il était devant moi. la cloche avait sonnée 15 minutes plus tôt et les couloirs était vide. Il finissait sa clope et montait les escaliers d'un pas tranquille. J'arrivais preque en courant derrière lui, il n'a rien changé. Un spectateur. Avant de toquer puis de pousser la porte il à d'abord poussé celle adjacente des toilettes afin de jeter son mégot dans l'eau stagnante de la cuvette. Je connais par coeur ce bruit, ce ksshhh que fait la braise au contact de l'eau. Je l'ai précédé, jaloux de sa nonchalance et honteux de mon retard.
Nico a raison. J'ai allumé ma première clope comme john Wayne adossé à un mur la flamme de l'alumette qui flirte avec le bord du chapeau penché en avant. J'ai fumé des clopes en revisant, à la seule lumière de ma lampe de travail comme Don Draper à son bureau, j'ai fumé au réunions de familles, entre frères ou cousins comme Mathieu Amalric sur la balançoire du jardin de sa maison d'enfance dans Un conte de Noël. Allumer une clope c'est jouer son cinéma et se regarder. S'aimer et se moquer. Se détruire avec nonchalance. La suite est une aliénation, chacun obéit.


Humbug (Je le prononce comme Scrooge et ça m'amuse.) leur précédent album est le genre de truc qui me donnent encore envie de fumer.05/03/11

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We are No Age. We come from Los Angeles, California

je ne verrais pas la Californie cet été. Le prix des vols sont montés en flèche et la côte Est est désormais bien plus abordable. J'ai refusé. New York City ne me fait pas rêver. J'ai peut-être tort, je pense à l'appartement du Breakfast at Tiffany's, la fenêtre que l'on ouvre en poussant des deux bras vers le haut et que l'on enjambe pour utiliser l'escalier de secours. J'imagine aussi le Dining comme ceux que l'on fréquentait quand j'avais 6 ans. Le Deli new-yorkais tenu par un paki qui s'approche la cafetière brûlante à la main et vous lance sans sourire: what can i get you sir? Efficacité, devouement, politesse. C'est un métier.
La californie c'est le désert. Slab city est un rassemblement de marginaux sur un terrain aride situé sous le niveau de la mer. La grande ville la plus proche est Los Angeles mais peu importe. Chacun vit de troc, échange des talents de coiffeur contre un conseil amical ou une conversation à l'ombre du camping-car. Les caravanes sont espacées. Mike a la chance d'avoir deux arbres morts sur son terrain et médite à voix haute dans le hamac qu'il a tendu entre eux. Il fume une cigarette. Derrière lui le soleil chauffe l'horizon à blanc.
Je me souviens du café dans lequel nous avons petit déjeuné il y a 17 ans à San Francisco. Il pleuvait. Nous avions mal dormi. J'étais excité par le décalage horaire et la hauteur de notre hôtel m'impressionnait. Chaque étage avait son distributeur de friandise, certains proposaient même des glacons. Le lendemain, après les pancakes et le demi-litre de boisson chaude nous avons visité un sous-marin. Je ne me rappelle pas du Golden Gate. Je l'ai vu en photo tant de fois. Il y avait peut-être de la brume sur la baie de San Francisco ce matin-là. 17/02/11

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*L'expression "Junkies du fragment" est tirée de Lunar Park de Bret Easton Ellis. Un livre que vous feriez bien de lire si ce n'est pas encore fait.